samedi 12 mars 2016

Garde à Vous!


Hier j’étais invitée à une cérémonie dont je voudrais vous parler, car elle est vraiment trop peu connue pour le prestige qu’elle représente.
C’étais la cérémonie de la remise du Brigadier, et les récipients étaient Jacques Seyres et Michel Fau.
C’était d’abord très émouvant, car c’est une cérémonie qui n’est pas corrompue par quelque mode, politique ou vils personnages que ce soit, c’est une réelle distinction, qui honore un grand du théâtre, et attribuée par des grands du théâtre. Et ça, ils le savent, ces gens qui montent sur scène pour recevoir leur précieux brigadier.
Alors, le Brigadier, qu’est ce que c’est?
C’est avant tout le bâton qui a servi, depuis le Moyen Âge, à frapper les "trois coups" de chaque début de spectacle. Oui parce qu’il fut un temps, et je regrette si fort qu’il soit révolu, où, avant chaque lever de rideau, un technicien frappait neuf coups rapides au sol, de son brigadier, marquait une petite pause, puis enchaînait avec trois coups lents.
Ces coups représentaient tout simplement les neuf muses des arts, suivies d’un coup pour le Père, un pour le Fils et un pour le saint Esprit.
Ensuite ces coups eurent un usage beaucoup plus pratique, puisque les neuf premiers coups étaient frappés par le régisseur général, pour annoncer à la troupe le début de la représentation, ce à quoi répondait un coup venu des cintres (le haut de la scène), puis un du dessous de la scène, et enfin un dernier de la coulisse opposée, signifiant que chacun était à son poste, le rideau pouvait s’ouvrir.
Et il faut aussi noter que sous Louis XIV, on ajoutait trois coup identiques aux trois derniers, pour signifier l’unification des deux troupes sous le toit de la Comédie Française, celle de Molière et celle de l’Hôtel de Bourgogne, rivales jusque là. Le "Français", comme on le surnomme dans le métier, a donc gardé cette habitude des 9 coups, suivis de, non pas 3 mais 6 coups.
Jacques Seyres a d’ailleurs tenu à rendre hommage à cette tradition, ayant été longtemps locataire de sa petite loge Place Colette.
En plus, le Brigadier d'hier était spécial! La cérémonie avait lieu à la comédie des Champs Élysées et le bâton a été taillé dans un morceau de poutre, retrouvé dans le théâtre, qui datait de sa construction, en 1913.

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Michel Fau, est-il besoin de le présenter, c’est un comédien de génie. Extravagant au possible, mais toujours avec une intelligence déroutante, il est sorti de l’anonymat avec sa pièce Récital Emphatique, écrit et mis en scène par lui-même, au Théâtre des Bouffes du Nord à Paris. Spectacle génialement drôle, il s’y travestissait avec un plaisir non dissimulé. Mais avant cela, il n’a pas été moins brillant, et bien trop peu connu. Il a enchaîné les projets théâtraux dès sa sortie du conservatoire National d’Art Dramatique de Paris, et a collaboré tout particulièrement avec Olivier Py, metteur en scène décalé, très en vogue dans les années 90, et au début des années 2000.
Récemment on a pu le voir dans Marguerite, interprétant avec brillo le professeur de chant frustré et amer. 
Son discours à la remise de son Brigadier était très beau, drôle et émouvant. Il nous avait pourtant prévenu qu’il ne comptait pas être drôle, cette fois! Nous disant que, "comme tous les clowns, (il était) sinistre dans la vie". Que souvent on l’invitait aux soirée pensant "bien se poêler parce qu’on avait invité Michel Fau", et que "ben… maintenant on (l’) invite plus…"


Jacques Seyres, quant à lui est très connu du milieu théâtral, mais sa notoriété auprès du grand public est à des années lumières de ce qu’il mérite. C’est un immense acteur, (qui fut par ailleurs le professeur de ma mère au conservatoire national d’art dramatique de Paris..!), maintenant sociétaire honoraire de la Comédie Française, qui, et Michel Fau l’a rappelé, a une "diction royale". Lorsqu’il déclame, c’est une musique aux oreilles, c’est magnifique, c’est une douceur pour le cerveau…. Un délice! Ce vieux bonhomme m’a émue aux larmes lorsqu’il a raconté ses débuts chaotiques dans le métier. Sa première audition qu’il a ratée parce qu’il n’arrivait pas à trouver l’entrée du rideau, perdue dans les plis du tissu, son arrivée à Paris, et puis son hommage aux immenses actrices et grandes directrices de théâtre qu’ont été Marie Bell (directrice du théâtre du gymnase à Paris), Sarah Bernhard (directrice du Théâtre de la Ville, anciennement Sarah Bernhard).

 Et nous avons même eu droit à un scoop, que je vous partage ici en toute confidence! L’adjoint au Maire de Paris nous a confié qu’après sa rénovation de deux ans, le Théâtre de la Ville s’appellerait désormais à nouveau, "Théâtre de la Ville Sarah Bernhard"! Youpiii! Prochaine étape: on remet le Brigadier au goût du jour!


N'hésitez pas à me mettre en commentaire ce que vous savez de ce brigadier, et partagez vos petites anecdotes!
Si vous avez des questions n'hésitez pas non plus!
J'espère que ce petit cours "rapidifié" vous aura fait plaisir

Bon je vous laisse et… ALLEZ AU THEÂTRE!!

See you next time and peace out!

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